« Le web 2.0, sa manie des bêtas »
Le 22 septembre 2007
Développement Web
Introduction
Dans la catégorie des services web, les bêtas sont aujourd’hui foisonnantes. « Normal », direz-vous, « web 2.0 oblige ». Bien sûr, c’est un effet de mode, mais il y a plus que la simple expression de l’« esthétique » web 2.0 dans cette pléthore de logiciels qui sont aujourd’hui proposés (éternellement, semble-il) au stade de développement bêta.
Voilà ce qu’on trouve sur le wikitionnaire à l’article du même nom, entre autres définitions :
(Informatique) Nom donné à une version d’un logiciel destinée à détecter les derniers problèmes restants avant de la diffuser normalement. Ce mot est utilisé soit en apposition (« version bêta »), soit seul, pour signifier une version bêta.
Cette courte définition a au moins le mérite de fixer le cadre : une bêta est donc un état transitoire par lequel passe nécessaire un projet de développement. Il s’agit de détecter les derniers problèmes, les corriger, pour aboutir enfin à une version finalisée, prête à être distribuée au grand public.
Le web 2.0 a en quelque sorte « redéfini » le concept de bêta ... Nous allons essayer de voir en quoi cette redéfinition consiste à l’heure actuelle, pourquoi elle a eu lieu et ce qu’elle révèle du fonctionnement de l’industrie « 2.0 ».
Le web 2.0
Tout d’abord, il faut s’intéresser à ce qu’est exactement le web 2.0, et de ce que signifie ce label qu’on entend si souvent, mis un peu à toutes les sauces il est vrai. Le web 2.0, mais mon avis n’engage que moi à ce sujet, est à la fois une évolution du principe même d’Internet (ergonomie), et en même temps un retour à ce qui en constituait les bases (accessibilité de l’information). On peut séparer ce "mouvement" en deux grandes parties.
Pour les développeurs
Pour les développeurs, la tendance web 2.0 prend place à deux niveaux complémentaires :
Programmation
- L’utilisation raisonnée et propre de Javascript grâce à des bibliothèques permettant d’étendre ses possibilités. Le tout doit être non-obstructif, pour que le contenu important reste accessible aux utilisateurs ayant désactivé Javascript sur leur navigateur (contrainte d’accessibilité). Cela facilite également l’indexation par les moteurs de recherche (et cela améliore donc de fait le référencement).
- Une meilleure conception des interfaces, notamment grâce à l’utilisation d’Ajax, qui permet l’envoi de flux d’informations dans les deux sens sans avoir à recharger intégralement la page. L’interface est plus pratique et dynamique pour l’utilisateur, et cela permet de soulager la charge du serveur.
- L’utilisation d’API externes pour offrir sans effort des services avancés aux internautes en se reposant sur un service tiers de façon plus ou moins visible. Par exemple s’inscrire sur flickr.com pour récupérer des flux d’images, ou placer un bouton en bas d’un article permettant de soumettre cet article au vote des utilisateurs d’un service type digg.com, blogasty.com, wikio.fr etc.
Graphisme
- Un certain nombre de poncifs ont fait leur apparition dans le sillage de la mouvance web 2.0 et les exemples ne manquent pas : etsy.com, deezer.com, flickr.com, zdnet.fr (et tant de sites perso !) etc.
- Concrètement, on trouve dans les site web 2.0 des dégradés un peu particuliers, des couleurs saturées (ou très ternes), très lumineuses, des bords légèrement arrondis, des effets de réflexion pour les titres, des effets « glaçage » sur les icônes etc.
Pour les utilisateurs
- Pour les utilisateurs lambda, le web 2.0 a une influence au jour le jour : vous ne le savez peut être pas, mais vous avez sûrement déjà fait vos achats sur un site qui exploite les grands principes qui ont été introduits par la mouvance web 2.0.
- Pour en résumer les grandes lignes : vous êtes plus qu’un simple client, un porte-monnaie sans fond ou un enregistrement dans une base de données. « Achetez ! mais restez vous-même » ... Cela se traduit notamment par :
- La possibilité de s’enregistrer sur les site de vente et d’avoir accès à des fonctionnalités avancées, ce qui n’était pas nécessairement le cas avant : Créez un blog sur un site de vente et postez à propos des articles qui vous plaisent, que vous avez acheté ou que vous voulez acheter.
- Votez pour ou contre la mise en vente de tel produit proposé par des utilisateurs comme vous et moi. L’intérêt est double pour l’entreprise, surtout si elle n’existe que sur Internet : elle profite à bon compte des talents de chacun, qu’elle rémunère modestement, et elle se crée parallèlement une communauté d’utilisateurs (comprendre une clientèle).
- Ajoutez les produits qui vous plaisent sur un site donné à vos favoris, et placez sur votre site un flux rss de vos articles préférés. La publicité sans aucune dépense, quelle grande invention ;).
Plus généralement, il ne faut pas perdre de vue que les moeurs ont évolué sur Internet. Il y a quelques années, les communautés de toutes nature (forums, listes de diffusion, etc.) régnaient sans partage sur la toile : la « puissance » d’un groupe résidait principalement dans le nombre d’utilisateurs qu’il pouvait fédérer.
Aujourd’hui, tout ça, c’est démodé ! Les internautes en tant qu’individus se sont approprié l’Internet grâce aux wikis, aux blogs et autres CMS etc. Faciles à installer, faciles à maintenir, ils bénéficient d’une grande visibilité grâce aux portails qui fournissent un service gratuit (pour le créateur du moins) et clé en main.
monTitreTM bêta
Vous le voyez peut-être plus clairement maintenant, le monde du Web 2.0 n’est pas vraiment tout rose : plus qu’une affaire de technique en somme, il s’agit avant tout de communication. Le développement logiciel lui-même n’a pas échappé au marketing qui en a fait quelque chose de fun, de hype, quelque chose de super-génial en somme, là où régnaient essentiellement l’austérité, les phases de débuggage et les hackers.
Prenons l’exemple de Netvibes pour illustrer mon propos. La start-up qui a créé le célèbre service de page d’accueil personnalisable n’a cessé de l’améliorer depuis sa sortie, en Septembre 2005. Aujourd’hui, presque 2 ans plus tard, et malgré un projet stable et abouti, l’application porte toujours la mention bêta au niveau du footer. Pourquoi ? J’y arrive.
Un autre exemple va me permettre d’arriver à mes fins : Flickr. Le fameux service de partage de photos a été développé à partir de 2002 par une start up canadienne, Ludicorp. Il a longtemps porté la mention bêta et ne l’a perdu que très récemment ... Après son rachat en grande pompe par Yahoo ! (portail internet, mail, moteur de recherche, etc.).
Mon point de vue est que la mention bêta ne porte pas, dans le cas du Web 2 sur l’application en elle-même : c’est la définition précise du modèle économique qui est le principal facteur d’achèvement de l’application. Et vu que la meilleure fin d’une start up est encore d’être rachetée à un moment où un autre par une société plus grosse, son produit ne perdra son label « bêta » qu’une fois cette étape cruciale franchie. En somme, c’est l’entreprise elle-même qui est en version bêta.
Peut-être peut-on voir à travers tout cela un retour de la bulle médiatico-économique qui s’était constituée dans les années 2000 autour de l’Internet et des (plus ou moins Nouvelles) TIC et qui a connu la fin tragique qu’on sait ? Je ne suis pas suffisamment spécialiste de ce genre de questions pour pouvoir avancer un tel pronostic, mais il me semble toutefois essentiel en tant qu’internaute et éventuel client de ne pas tomber dans les mailles grossières de ce filet qui est tendu sous nos pieds.
En somme, profitons au maximum des services gratuits que l’on nous offre, mais ne perdons pas de vue qu’ils ont tous un pendant commercial sur lequel on finit toujours par tomber à plus ou moins brève échéance.
Dandelionmood.com a déménagé !
Vos réactions
- Christophe Lefevre, le 27 septembre 2007
- Pas mal vu l’explication du "beta"

